Camping sauvage au Preikestolen

Le deuxième épisode de l’aventure canadienne de notre grande se faisant désirer, voici un petit billet pour patienter. Il va nous amener sur le tant espéré « camping-dans-la-nature » par Lulu.

La météo étant clémente ces derniers temps (je ne le dis pas trop fort…), l’occasion était trop belle pour ne pas profiter de cette fenêtre estivale pour, enfin, honorer la promesse de faire du camping avec la plus jeune de la tribu. Après une recherche approfondie du meilleur spot — à la fois assez accessible pour ne pas rebuter notre jeune aventurière, mais proposant aussi un dépaysement suffisant pour lui donner l’envie de poursuivre l’expérience, le choix s’est porté sur un classique du tourisme norvégien : le Preikestolen. Classique des classiques, comme je l’ai dit, avec un compteur qui affiche désormais 13 ascensions pour ma part 😊.

Le premier défi, et non des moindres, fut de remettre la main sur les différentes pièces du puzzle : la tente (ou plutôt l’une de nos tentes), le réchaud, l’appareil anti-moustique, les sacs à dos… Tout était quelque part entre le garage et les bacs en plastique du sous-sol. Le garage, justement, est pour l’heure toujours une sorte de combinaison entre un Tetris géant et la caverne d’Ali Baba dont le rangement aurait été confié á un déménageur en plein burn-out. Tout est là, quelque part, mais dans des cartons dont l’accès est rendu hasardeux, voire périlleux. En extraire un objet précis relève pour l’instant de l’exploit ! Et pourtant, après quelques mouvements de cartons et de nombreux « Il me semble l’avoir vu par là… », j’ai fini par mettre la main sur les éléments manquants. Premier challenge réussi !

Toutes les étapes de la checklist pré-rando ayant été cochées, nous avons mis le cap sur le parking du Preikestolen, en passant bien évidemment par le tunnel sous-marin qui traverse le fjord entre Stavanger et Tau. L’idéal pour mettre notre jeune aventurière dans les meilleures dispositions (mais avait-on vraiment besoin de ça ? 😊).

La montée : l’épreuve des marches de géants

Arrivés à destination, il a fallu se rendre à l’évidence : nous allions avoir chaud durant l’ascension. Bien évidemment, on ne parle pas d’une canicule telle que la France peut en connaître, mais d’une chaleur tout de même suffisante pour mouiller le maillot.

C’est donc chargés de la logistique nécessaire que nous avons entamé la marche. J’avais un bon 15 kg sur le dos (tente, sacs de couchage, matelas gonflables, nourriture, réchaud et 2L d’eau), tandis que Lulu portait vaillamment son sac de 25L contenant ses affaires de rechange et sa gourde. Les premiers mètres nous ont directement mis dans l’ambiance avec une pente des plus raides, idéale pour chauffer les jambes et accélérer le rythme cardiaque. Là, on y est !

Le gros avantage de partir en fin de journée est que l’on évite le flot continu de touristes déversé par les bateaux de croisière. Nous les croisions dans le sens de la descente, leur démarche trahissant les efforts et l’énergie consacrés à atteindre le « Graal ». Les courbatures des jours à venir leur rappelleront sans doute cette excursion, tout autant que les photos et selfies pris sur le parcours ou sur le « caillou ».

Le chemin, au moins jusqu’au plateau qui débute après l’abri d’urgence, a subi de nombreux aménagements depuis la première fois que nous l’avons emprunté (en 2017 de mémoire). D’énormes blocs de granit ont été déplacés par des sherpas pour transformer ce qui était un sentier de montagne en une succession d’escaliers de pierre. Seulement voilà : la hauteur des marches représente une difficulté supplémentaire pour quiconque mesure moins de 1,90 m 😊, soit la grande majorité des gens. Sans doute que le tracé est désormais moins dangereux grâce à ces aménagements, mais il n’est clairement pas plus facile !

Une fois cette succession de marches franchie et l’abri d’urgence dépassé, nous avons bifurqué sur la voie alternative qui permet de surplomber le Preikestolen. Bien moins connue, elle offre une vue beaucoup plus dégagée sur les alentours — jusqu’à Stavanger au loin — que le chemin classique. Anecdote amusante : après quelques dizaines de mètres sur ce sentier aux marques rouges presque effacées, un panneau STOP vous saute aux yeux. Il vous signale que vous n’êtes plus sur la trace officielle du Preikestolen et vous invite à faire un demi-tour salutaire. Un peu impressionnant pour un randonneur amateur, ce panneau n’a pas refroidi notre duo d’intrépides aventuriers ! Plus loin, à l’abri des regards, nous avons jugé bon de faire une pause « recharge des batteries ».

Quelques 20 minutes plus tard, nous arrivions à l’endroit exact où j’avais campé avec les grands il y a quelques années. Ils ont un peu changé depuis…

À la recherche du spot parfait (ou presque)

La mémoire ne me faisant pas encore (trop) défaut, je me souvenais que depuis ce promontoire, nous avions aperçu un emplacement de tente bien plus spacieux en contrebas. Après une légère hésitation, nous avons décidé d’aller inspecter ce spot prometteur. Quelle erreur ! Mais vous saurez pourquoi un peu plus loin (suspense suspense…).

Une fois arrivés à destination, le dos enfin soulagé du poids du sac 😮‍💨, le montage de la tente a pu commencer. « Team work ! », comme dirait Lulu.

Ce n’est qu’une fois notre palace monté que nous avons pu explorer les environs et profiter pleinement de la vue sur le Pulpit Rock et le Lysefjord en enfilade. Même après 13 ascensions, je suis toujours autant émerveillé par ce paysage.

Fin de journée oblige, les estomacs n’ont pas tardé à réclamer leur dû. De l’eau, le réchaud et un plat lyophilisé : voilà les ingrédients de notre dîner. Clairement pas la plus grande expérience culinaire de notre vie, mais amplement suffisant pour remplir les estomacs et se sentir repus. Job done !

C’est vers 21h30, après le passage de quelques curieux venus observer le caillou depuis notre promontoire, que nous avons rejoint la tente pour enfiler nos pyjamas. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « Lulu, tu dors ? », notre jeune randonneuse était déjà partie au pays des songes, me gratifiant d’emblée d’un « léger » ronflement. Jusqu’ici, tout allait bien (retour du suspense…)

Une nuit mouvementée

22h30 (heure estimée). De bruyants Allemands (en short, à coup sûr) débarquent à côté de notre campement, à grands renforts de discussions animées et de rires tonitruants. Naïf, je me dis qu’ils vont passer leur chemin pour aller prendre des photos plus loin. PERDU ! C’est lorsque j’entends le bruit métallique des piquets de tente s’écraser au sol que je comprends qu’ils ont décidé de s’installer à environ 3 millimètres de nous…

Prenant sur moi face à ce manque de respect flagrant, et faisant appel à toutes mes ressources de maîtrise mentale, j’attends patiemment qu’ils montent leur abri. Mais un rire particulièrement fort finit par déclencher en moi une réaction animale : une sorte de cri primal et libérateur sort de la tente. J’imagine sans peine leur surprise en entendant cette manifestation sonore de mon mécontentement. Toujours est-il que le message est passé : ils sont immédiatement passés en mode chuchotement. Étonnamment, Lulu est restée profondément endormie pendant tout cet épisode. Retour en mode 😴…

04h00 (J+1). Je pense que l’on peut s’accorder sur le fait qu’il s’agit d’une heure pour le moins matinale. C’est pourtant le moment choisi par un duo de jeunes filles pour venir stationner à 2 millimètres de notre toile — encore plus près que les Allemands ! — et entamer une discussion à voix haute. Pas de cri primal cette fois-ci, juste une bonne dose de patience en attendant qu’elles s’en aillent au diable vauvert, voire même plus loin !

06h45. Nos voisins germains décident qu’il est temps de plier les gaules et de repartir vers d’autres horizons. Loin, très loin, s’il vous plaît !!!

07h00. Une fois le calme revenu, je décide de sortir de la tente pour savourer le silence et la tranquillité retrouvés. Sérénité absolue… en observant les nuages qui recouvrent le Lysefjord d’une magnifique couverture cotonneuse.

Ce n’est que vers 8h que Lulu a pointé le bout de son nez hors de la tente, n’ayant absolument rien perçu des turpitudes de la nuit écoulée. La chance…

Le retour à la civilisation

Tranquillement, nous avons plié notre campement et refait les sacs pour entamer la descente. Le petit-déjeuner initialement prévu (des flocons d’avoine) n’ayant pas franchement reçu les faveurs de Lulu, nous avons pris le chemin du retour à jeun.

La descente, simple formalité comparée à l’effort de la veille, nous a d’abord fait passer sur le plateau même du Preikestolen pour immortaliser notre sortie.

La suite du parcours nous a permis de croiser le flot des courageux du jour qui montaient. Certains affichaient des tenues pour le moins… inadaptées à une telle randonnée. Sans doute mal informés ou sous-estimant la difficulté, plusieurs s’étaient lancés à l’assaut du sentier en jean (transpiration garantie après 5 minutes), en chaussures de ville, ou dans une combinaison inopportune de vêtements en coton. Bref, tout ce qu’il faut pour que l’expérience physique et olfactive soit complète !

C’est vers 10h que nous avons enfin atteint la zone d’accueil, ses bars et ses boutiques de souvenirs. Nous nous y sommes offert une belle récompense : une bonne glace, un café bien chaud et un Kvikklunsj bien mérité.

Fatiguée mais heureuse d’avoir (enfin !) goûté au camping sauvage, Lulu ne m’a pas ménagé sur le trajet du retour, me gratifiant d’un flot ininterrompu d’histoires et de discussions animées dont elle a le secret. Une aventure inoubliable !

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